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Lettres espiègles
Caillot Duval
(pseudonyme de messieurs Alphonse de Fortia de Piles et Louis Boisgelin de Kerdu)
Editions Bretzel
282 pages
14 x 20,5 cm
18 euros,

ISBN 978-2-9551648-2-2





























 Lettres espiègles
de deux jeunes nobles désoeuvrés à la veille de la Révolution
- Extraits -

 
     Voici deux courts échanges de correspondance. Le premier concerne un ornithologue qui accueille avec son sérieux scientifique la nouvelle de l’accouplement d’une chouette et d’un loriot. Le deuxième met en scène une mère maquerelle et Caillot Duval métamorphosé en "oncle" peu scrupuleux désirant placer deux jeunes femmes en pension chez  cette dernière.


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   À M. L’Heureux de Chanteloup                                  Nancy, le 13 décembre 1785

  

   L’excellent ouvrage que vous venez de mettre au jour, monsieur, sur le Serin et le Rossignol, m’engage à vous demander votre avis sur un phénomène dont je viens d’être témoin. Fort amateur, dès l’enfance, de tout ce qui concerne l’oisellerie, j’ai voulu tenter quelques petites expériences qui sont, comme vous savez, le seul moyen de propager la science : j’ai donc mis ensemble en cage un loriot et une chouette ; à mon grand étonnement, ces deux oiseaux se sont accouplés : il en est venu deux œufs qui, ayant été couvés par la mère, ont produit, chose étrange ! l’un un moineau à gros bec, et l’autre une pie. Le père, la mère et les enfants se portent à merveille et ne font qu’une même famille. Veuillez bien m’expliquer un événement aussi inattendu. Ne sachant point votre adresse, j’envoie ma lettre à M. Fournier, votre libraire, qui vous la fera passer. — J’ai l’honneur d’être, etc.

                                                                                     Caillot Duval

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Réponse

                                                                                      Paris, le 19 décembre 1785

  Je reçois, monsieur, votre lettre. Le phénomène dont vous me parlez est en effet très extraordinaire ; mais depuis que je me suis adonné à la connaissance des oiseaux, j’ai été témoin de tant de choses surprenantes que je suis moins étonné qu’un autre de tout ce qui peut arriver dans ce genre. Obligez-moi de suivre exactement cette expérience et de m’en écrire en détails : observez surtout si les nouveaux nés ont des plumes de couleur tranchante à l’aile gauche et si la pie fait plus de bruit aux approches du père qu’à celles de la mère : dans ce dernier cas, j’ose vous assurer à l’avance que vous ne la conserverez pas jusqu’au printemps. — Mille remerciements, monsieur, de la confiance que vous voulez bien me témoigner : elle me flatte beaucoup ; je vous prie d’agréer les expressions de ma reconnaissance et de me croire bien sincèrement votre, etc.

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images/Fashion
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À Mme Delaunay, rue Croix-des-Petits-Champs, à Paris

                                                                                     Nancy, le 4 novembre 1785

  Des circonstances particulières, madame, viennent de m’amener deux nièces âgées de quinze et de dix-sept ans. La première est tout à fait neuve ; la seconde n’a eu qu’une faiblesse avec un capitaine de hussards au service de l’empereur ; cette première inconduite lui a fait perdre la tête et abandonner précipitamment la maison paternelle ; elle a persuadé sa sœur de l’accompagner ; celle-ci s’y est déterminée d’autant plus aisément qu’elle était fort gênée chez ses parents et que son cœur lui parlait déjà assez haut. Quant à moi, que différents événements ont forcé de quitter mon pays (Philippsbourg en Allemagne), je suis établi ici où j’exerce, dans le plus grand incognito, une profession qui m’est assez lucrative. Soit dit entre nous, j’ai la pratique de tout le parlement et des principaux officiers du régiment du Roi, tous riches seigneurs. Cependant, je crois que les deux personnes dont je viens de vous parler sont des morceaux trop friands pour ce pays-ci, et qui ne seraient pas payés leur valeur. Il faut vous dire qu’elles sont d’une famille honnête, et que l’on n’a rien négligé pour leur éducation ; elles ont seulement un peu de peine à parler le français. Ce serait le lot de deux princes allemands ; je suis sûr qu’elles feront la plus grande sensation dans la capitale. Quoique sœurs, elles offriront à côté l’une de l’autre le contraste le plus piquant. La jeune est d’un blond qui n’a rien de fade, la plus belle peau (comme toutes les Allemandes), les yeux bleus, la plus jolie gorge possible, et, ce qui vous étonnera peut-être, un très joli pied ; je crois qu’elle pourrait faire une charmante danseuse L’autre est une superbe femme : de grands yeux noirs, la plus belle bouche ; et, ce qui est du meilleur augure, la raie de mulet [se disait en parlant d’une nuque fort garnie de cheveux, lorsque les dernières racines paraissent former une raie du côté du dos. (Note de la 2e édition)].
    J’espère que par vos soins, sa première et unique faute sera réparée de façon à ne laisser aucune trace. Je n’entrerai pas dans d’autres détails. Vous en jugerez vous-même.
    Je vous les enverrai comme à une de mes amies ; elles ont à peu près 60 louis d’argent comptant et sont assez bien nippées. Elles sont si neuves qu’il faudra user de beaucoup de ménagements pour ne pas les effaroucher. J’espère, madame, que notre correspondance n’en restera pas là ; nous pouvons réciproquement nous être utiles. Je compte sur votre discrétion, et j’attends votre réponse pour les faire partir. Aussi bien ai-je trouvé une voiture de renvoi ; si votre intention est, comme je le pense, qu’elles aillent à Paris, vous voudrez bien leur retenir, dans votre voisinage, un appartement décent, de trois à quatre louis par mois. — J’ai l’honneur d’être, etc.
                                                                                     Caillot Duval.


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Réponse
                                                                                     Paris, le 11 novembre 1785

    Monsieur, si la marchandise que vous ma noncé dans votre dairnier letre est aussi bonne que vous le dite vous pouvé les envoyé par la premier comodité je vous en débiterai. Sil i a quelque chosse dans nautre ville qui vous soit agréable, je vous prit de ne point mépargné.


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À Mme Delaunay, rue Croix-des-Petits-Champs, à Paris

                                                                                     Nancy, le 14 novembre 1785

    J’ai reçu, madame, une lettre de Paris en date du 11, que je soupçonne venir de vous : on me mande d’envoyer la marchandise que j’ai annoncée ; mais comme cette lettre n’est pas signée et que ce pourrait être une supercherie, je ne crois pas devoir m’y fier ; or, avant de faire partir mes deux paquets, je désire savoir vos intentions d’une manière plus positive ; et puisque vous avez de la répugnance à signer votre nom, pour que je sache à quoi m’en tenir, il faudra signer un nom en l’air, et qui ne soit pas commun, comme, par exemple, Copernic ou Tycho Brahé.

   Répondez-moi tout de suite, car on me persécute ici, et j’ai peur qu’on ne découvre le pot aux roses : vous savez à quoi je serais exposé et vous connaissez les sollicitudes du métier. J’en ai devant les yeux un exemple terrible : c’est un malheureux jeune homme d’une famille honnête qui s’est promené hier dans les rues de cette ville, tenant en main une bride d’un nouveau genre, et qui a essuyé le châtiment accoutumé, au grand contentement de l’assemblée qui rit à ces sortes d’exécutions [Les entremetteuses étaient promenées sur un âne, le visage tourné du côté de la queue qu’elles étaient obligées de tenir en mains pour ne pas perdre l’équilibre (Note de la 2e édition)].
   Voilà les hommes : ils nous trouvent très bons pour leur être utiles, et ils nous abandonnent dans l’adversité. Quelle injustice ! Et à combien de réflexions morales cela ne porterait-il pas? Mais laissons ces idées tristes : continuons à faire le bien, à soulager l’humanité souffrante ; moquons-nous des sots et prenons leur argent. — J’ai l’honneur d’être, etc.

                                                                                     Caillot Duval

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Réponse.
                                                                                     Paris, le 21 novembre 1785.

Monsieur, vous ne devé poin douté des deux paques que vous avé à envoyet avec une laitre de votre part que les deux paques me seront remis, vous pouvé aitre persuadé que je meteré toutes mes atansion que je les plaseré pas loin de ché mois, je suis ennatandans votre réponse. — Jé lhonneur d’aitre votre très humble.
                                                                                     de Copernic

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